Entretien avec Romeo Castellucci

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Carte blanche de Sepideh Anvar.

Samedi 4 juin.

Cette ville, ce festival, ne cesse d’étonner. Où d’autre dans le monde a-t-on la possibilité d’arriver à 12 h 20 dans un beau lieu comme le QG du FTA, de prendre place au quatrième rang, sans payer d’entrée, ni de réserver sa place, puis assister — à midi trente ! — à un entretien ouvert avec l’un des plus grands metteurs en scène d’aujourd’hui ? Ce midi, Romeo Castellucci était au QG du festival en entretien avec Paul Lefebvre, du Centre des auteurs dramatiques. Un entretien tout en douceur qui a débuté avec un montage d’une vingtaine de minutes de scènes filmées de quelques-unes de ses pièces et de ses mises en scène d’opéra un peu partout au monde et jusque dans un amphithéâtre naturel à Tokyo après le tsunami. Castellucci, micro à la main, avait été chargé du commentaire en direct et offrait des détails par-ci et par-là sur le comment. « C’est terrible de devoir regarder ça » a-t-il dit par la suite, lorsqu’il s’agissait de comprendre le pourquoi. Quand on lui demande quels thèmes ressortaient de ce montage, il parle du blanc et de la souillure. « Le blanc est l’excuse de la tache ». Tout ce blanc invite la souillure, le noircissement. Disponible et drôle, prêt à parler de tout, semblait-il, Castellucci se gardait quand même de regarder directement le public trop souvent. « Le théâtre est le lieu de l’erreur » a-t-il expliqué. C’est une erreur que nous soyons tous là. Qui plus est, la honte est à la base de la tragédie grecque, elle-même la fondation de tout ce qui se fait aujourd’hui. Et cette honte joue à plusieurs niveaux, autant pour les personnages que pour les spectateurs. Il n’invente rien, Castellucci, puisque tout a déjà été dit. Surtout, il ne peut pas expliquer le sens de ses pièces ; celui-ci étant différent pour chaque spectateur. Paul Lefebvre finit en lui suggérant que son travail est imbu de cette dualité du blanc et du noir. « Ce n’est pas moi », répond Castellucci « c’est le théâtre qui veut ça. » Erreur, honte, humilité, discrétion, manque d’invention —  le théâtre a besoin de plus de metteurs en scène aussi incapables que le grand Castellucci.

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