Les yeux dans les yeux de l’écran skype de Nini Bélanger

*Dans « Plaza », vous allez faire jouer des amateurs, comment se passe ce travail ?*

Je m’adapte à la situation de chacun car je travaille avec des gens du quartier, pour la plupart primo-arrivants. Certains sont dans une situation très précaire, ils apprennent une nouvelle langue, ne communiquent pas forcément aisément en anglais ou en français. La performance est donc d’une extrême simplicité pour ne mettre personne en danger. Ce que je souhaite, c’est que s’instaure une rencontre citoyenne et artistique : Qu’est ce qui fait qu’on se rencontre, qu’on fait un pas de côté pour échanger avec quelqu’un. J’essaye d’inscrire ça dans des gestes universels. On a commencé par louer un local dans le centre commercial et depuis janvier on rencontre les habitants. On informe, on donne des ateliers, essentiellement de pratique théâtrale mais aussi d’autres plus politisés, en lien avec le centre des travailleurs immigrants. Ce groupe développe des actions artistiques mais plus communautaires, il informe notamment sur les droits des travailleurs. Notre local est ouvert les gens sortent, entrent et on a pu créer des liens avec les écoles du quartier.

*Pourquoi jouer dans un centre commercial ?*

Ce centre commercial là est presque unique à Montréal. C’est aussi un espace public où les habitants viennent se rencontrer. On est dans un ghetto immigrant, c’est là ou les gens atterrissent. Ils y sont au moins pour cinq ans, le temps de trouver leur repères. Le centre commercial devient très important car il n’y a pas grand chose à faire dans ce quartier. C’est l’espace hors de la maison où l’on peut aller en hiver car il y fait chaud, et en été pour être un peu plus au frais. Il partage véritablement le quartier en deux et les enfants le traversent quotidiennement pour aller à l’école. Comme ce centre a été construit il y a une quarantaine d’années, il est un peu abimé. Au deuxième étage surtout, c’est plus désuet, mais les gens y vont quand même, ne serait-ce que pour prendre une marche. Côte des Neiges ce n’est pas du tout mon quartier. En janvier 2014, j’y ai loué un appartement, je me suis complètement immergée, je suis allée au centre commercial tous les jours. Puis j’ai effectué une résidence aux Récollets, à Paris, pendant trois mois. Là-bas j’ai mené une réflexion sur la forme déambulatoire et sur ce que comprenait le fait de travailler avec des amateurs.

*Qu’en est-il de la question de l’immigration dans « Plaza » ?*

Je réfléchis beaucoup à cette thématique sans pour autant vouloir porter un jugement politique ou social sur cela. Dans l’événement, il y a une portée réflexive malgré tout, car j’invite les festivaliers à sortir du quartier des spectacles et à venir à la fois dans un ghetto immigrant et dans un centre commercial. En filigrane, je voulais questionner sur ce point : Qu’est ce que ça veut dire, dans notre identité nord américaine, que la place publique d’accueil des immigrants soit un centre commercial ?

À propos de PLAZA 

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