ALLOCUTION D’OUVERTURE DE MARTIN FAUCHER – #FTA2015

Martin Faucher - codirecteur du Festival TransAmériques

(english following)

Je suis un enfant de la Cinémathèque québécoise.
J’y ai vu du Pasolini, du Pierre Perreault, du Joseph von Sternberg, du Fellini.

Je suis un enfant d’Henri Bergeron et des télé-théâtres de Radio-Canada.
J’y ai vu du Racine, du Ostrovski, du Dostoeivski, du Pinter.

Je suis un enfant de Fanfreluche, de Grujot et Délicat, de la Souris verte, de la Ribouldingue, de Sol et Gobelet.

Je suis un enfant de l’imagination tout azimut.
Je suis un enfant de Donald Lautrec et du Donald Lautrec Chaud.

Je suis un enfant des performeuses Nathalie Derome et Sylvie Laliberté vues dans le débarcadère du Musée d’art contemporain à la Cité du Havre lors d’un certain mois de mai dans les années 80.

Je suis un enfant de «La vie en rose » et de la troupe féministe 3 et 7 le numéro magique devenue trois et 7 la numera magica où tout était dit à la féminine : la moutonne, la ciel, la nuage.

Je suis aussi un enfant de Symphorien et de Cré Basile, de Dodo et Denise, les dignes héritiers du burlesque américain.

Je suis un enfant du FM puis de la Chaîne culturelle de Radio-Canada, de Mira Cree la folle, de toutes ces voix feutrées qui parlaient musique, opéra, philosophie et littérature, chaîne aujourd’hui hélas disparue.

Je suis un enfant de Marie Chouinard qui faisait, paraît-il, pipi dans un pot dans une galerie d’art montréalaise underground à la fin des années 70 pendant que moi, aspirant acteur, j’essayais de faire du Molière à l’école de théâtre.

Je suis un enfant de la moustache de Louise Lecavalier dans Human sex d’Édouard Lock, de Paul André Fortier et de ses robes de papier, de Daniel Léveillé et de ses émotions exacerbées, Up de Wall/Crash Landing de Ginette Laurin, du Joe de Jean-Pierre Perrault qui me faisait penser au Métropolis de Fritz Lang vu à la Cinémathèque québécoise.

Tout est dans tout.

Dans le Sainte Carmen de la Main de Michel Tremblay vu au Théâtre Maisonneuve à l’été 1976.

Maurice la piasse disait à Carmen : Ferme ta yeule pis chante, mais Carmen l’entêtée chantait tout de même que moé, Martin, j’étais une chanson d’amour endormie dans une taverne.

Ça m’a donné du courage.

Je suis de André Brassard, de Paul Buissonneau, de Jean-Pierre Ronfard, Robert Gravel et du poignant Homme rouge de Gilles Maheu.

Je suis un enfant du Refus Global qui m’a tonné :

Des perles incontrôlables suintent hors des murs.
Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes.
Le règne de la peur multiforme est terminé.
Place à la magie! Place aux mystères objectifs!
Place à l’amour!
Place aux nécessités!

Je suis un enfant de ma mère, Jacqueline, qui a rempli dès ma tendre enfance notre maison de livres, de musique et d’envie de parcourir le monde.

Aujourd’hui, je suis appelé à diriger ce formidable véhicule humaniste et créatif qu’est le Festival TransAmériques, le plus puissant festival de création contemporaine en danse et en théâtre en Amérique du Nord.

À compter d’aujourd’hui, nous avons accès à ce qu’il y a de plus créatif et de plus poétique à Gand, New York, Séoul, Berlin, Tel Aviv, Le Mans, Montpellier, Lisbonne, Toronto et Wakefield.

Grâce à l’audace, au courage et à la générosité des Angela Konrad, Christian Lapointe, Sophie Cadieux et Guillaume Corbeil, Daniel Léveillé, Evelyne de la Chenelière, Stéphane Gladyszweski, Ève-Chems de Brouwer, Benoît Lachambre, Nini Bélanger, Manu Roque, Olivier Choinière et Jean-Sébastien Lourdais, nous avons accès un peu/beaucoup/passionnément à cette créativité bien spécifique à nous, Montréalais.

Le Festival TransAmériques ne pourra être ce qu’il est sans un Espace GO fort, un Espace libre fort, un Prospero, Théâtre d’Aujourd’hui, Agora de la danse, Tangente, Usine C, Théâtre La Chapelle, Écuries, Studio 303, Place des Arts, Monument-National, Théâtre Denise-Pelletier, Théâtre de Quat’Sous, Duceppe, Rideau vert, Nouveau monde, une Maison Théâtre et tout le milieu théâtral pour l’enfance et la jeunesse forts et puissant des aspirations et du potentiel de tous les artistes qui les animent.

« Faire revivre la chaîne magique dans les foules », disait Artaud.

Je dis à cela oui, oui, oui, car la grande chaîne du savoir, de la beauté et du vivre ensemble est menacée dans un Québec que j’ai grand-peine à reconnaître et qui m’attriste beaucoup par les temps qui courent.

Je ne crois qu’à la beauté.
Beauté de l’homme et de la nature.

Ce n’est que grâce au sens de la beauté que nous pourrons survivre avec grandeur et dignité à tous les désastres économiques, politiques et environnementaux qui nous menacent jour après jour.

Les artistes sont là pour nous redire sous tous les tons et toutes les formes : Ne tuons pas la beauté du monde.

Le Festival TransAmériques est un maillon de la chaîne.

Je nous souhaite un merveilleux Festival TransAmériques présent et futur.

MARTIN FAUCHER
Codirecteur général et directeur artistique, Festival TransAmériques
QG du FTA, 21 mai 2015

(to read in english…)

OPENING SPEECH BY MARTIN FAUCHER – #FTA2015

I am a child of the Cinémathèque québécoise.
There I saw films by Pasolini, Pierre Perreault, Joseph von Sternberg, Fellini.

I am a child of Henri Bergeron and tele-theatre presentations broadcast by Radio-Canada. There I saw plays by Racine, Ostrovsky, Dostoyevsky, Pinter.

I am a child of Fanfreluche, Grujot et Délicat, La Souris verte, La Ribouldingue, Sol et Gobelet. I am the progeny of unrepressed imagination.

I am a child of Donald Lautrec and the Donald Lautrec Chaud.

I am a child of the performers Nathalie Derome and Sylvie Laliberté seen at the unloading dock of the Musée d’art contemporain in Cité du Havre during a certain month of May in the 1980s.

I was raised on “La vie en rose” and the feminist troupe 3 et 7, the magic number being 3 with 7 being the numera magica, where all nouns were expressed in the feminine case: la moutonne, la ciel, la nuage.

I am also a descendant of Symphorien and Cré Basile, of Dodo et Denise, the worthy heirs of the American burlesque tradition.

I am a child of FM and the Chaîne culturelle at Radio-Canada, of the wild and dynamic Mira Cree, of all those muffled voices talking about music, opera, philosophy and literature, radio programs that are, unfortunately, no more.

I am an offspring of Marie Chouinard, who apparently pissed in a jar in an underground art gallery in Montreal in the late ‘70s while I, an aspiring actor, was trying to perform Molière in theatre school.

I am a child of the moustache worn by Louise Lecavalier in Human Sex by Édouard Lock, of Paul André Fortier and his paper dresses, of Daniel Léveillé and his intense emotions, of Up the Wall/Crash Landing by Ginette Laurin and of Joe by Jean-Pierre Perrault, which made me think of Metropolis by Fritz Lang, whose work I saw at the Cinémathèque québécoise.

It’s all connected; all is in everything.

It’s in Sainte Carmen de la Main by Michel Tremblay, presented at Théâtre Maisonneuve in the summer of 1976.

Maurice the money man said to Carmen “Shut up and sing”, so stubborn Carmen sang away while I, Martin, was a love song asleep in a tavern.

It gave me courage.

I am the offspring of André Brassard, Paul Buissonneau, Jean-Pierre Ronfard, Robert Gravel and the heartrending Homme rouge by Gilles Maheu.

And also a child of Refus Global, which cried out to me:

A few uncontrollable pearly drops oozed though the walls.
The bounds of our dreams were changed forever.
Fear in its many forms no longer ruled the land.
Make way for magic! Make way for objective mysteries!
Make way for love!
Make way for necessities!

I am the son of my mother Jacqueline, who from the early days of my childhood filled our house with books, music and a desire to discover the world.

I now have the honour of directing this incredibly creative, humanist vehicle known as the Festival TransAmériques, the most influential contemporary dance and theatre festival in North America.

Starting today we will have access to poetic and creative works from Ghent, New York City, Seoul, Berlin, Tel Aviv, Le Mans, Montpellier, Lisbon, Toronto and Wakefield.

Thanks to the audacity, courage and generosity of Angela Konrad, Christian Lapointe, Sophie Cadieux and Guillaume Corbeil, Daniel Léveillé, Evelyne de la Chenelière, Stéphane Gladyszweski, Ève-Chems de Brouwer, Benoît Lachambre, Nini Bélanger, Manu Roque, Olivier Choinière and Jean-Sébastien Lourdais, we are able to access in a truly, madly, passionately fashion the creativity that is so specific to Montreal.

The Festival TransAmériques would not be what it is without a strong Espace GO, a strong Espace libre, Prospero, Théâtre d’Aujourd’hui, Agora de la danse, Tangente, Usine C, Théâtre La Chapelle, Écuries, Studio 303, Place des Arts, Monument National, Théâtre Denise-Pelletier, Théâtre de Quat’Sous, Duceppe, Rideau vert, Nouveau monde, Maison Théâtre and the extensive Theatre for Young Audiences milieu, all of them robust, drawing from the aspirations and potential of all the artists in those companies.

“Reforge the magic chain,” said Artaud.

To that I say yes, yes, yes, for the great chain of knowledge, of beauty and of living together is threatened in a Quebec that I barely recognize and that saddens me in times like these.

I believe only in beauty, the beauty of man and nature.

It is only thanks to a sense of beauty that we are able to survive with dignity and grandeur all the economic, political and environmental disasters that threaten us day after day.

The artists are here to tell us once again, with many voices and in myriad forms: Do not kill the beauty of the world.

The Festival TransAmériques is a link in that chain.

I wish us all a marvellous Festival TransAmériques, now and in the future.

MARTIN FAUCHER
Co-Executive Director and Artistic Director, Festival TransAmériques
Speech given at the Festival QG on May 21, 2015

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